Agis sans attendre ! nous dit le mouvement DIY qui joue un rôle croissant dans l’aménagement de nos villes.  » Hack Your City  » [pirate ta ville], un projet de Yannick Haan concocté dans cet esprit, se charge de concrétiser des idées bien urbaines.

M. Haan, quand mon ordinateur est piraté, j’ai un souci. Or, si ma ville est piratée, elle évolue. Qu’est-ce que le piratage d’une ville ?
Yannick Haan: Pirater une ville revient à apporter de petites améliorations à la vie urbaine. Quelques exemples, excellents, parmi tant d’autres : à Karlsruhe tout d’abord, un membre de « Hack Your City » a inventé des feux rouges munis d’un interphone pour parler aux gens sur le trottoir d’en face. Un autre a réfléchi à une nouvelle application pour cyclistes – permettant de choisir l’itinéraire le plus rapide, le plus calme ou le plus ensoleillé. Une autre idée géniale nous vient de Berlin, la carte « Kiez-Karte.berlin » enregistre les vœux des utilisateurs tel l’ajout d’un passage piéton, d’un feu de signalisation, d’une poubelle ou d’une aire de jeu à des endroits en particulier.

Ces idées viennent-elles de citadins engagés ou de professionnels ?
Yannick Haan: Ça dépend. À Karlsruhe par exemple, deux physiciens nous ont soumis un projet de ballon-sonde. Ces gros ballons sont équipés de capteurs mesurant le taux de pollution et le bruit et rendent visible ces informations de très loin. Si la qualité de l’air est bonne, le ballon est blanc ; si le niveau de pollution augmente, il se teinte en rouge. Une approche simple mais efficace.

Est-ce que  » Hack Your City  » s’inscrit dans un mouvement plus vaste ?
Yannick Haan: «  Hack Your City  » est né en Allemagne, dans le cadre de l’année de la science dont l’accent se trouvait être  » la ville du futur « . Le but était de mener à bien des idées permettant de résoudre des défis urbains sur la base du volontariat. En Allemagne, le terme  » hacking  » (en français pirater) est toujours connoté négativement en référence au piratage informatique. Mais les pirates urbains se sont approprié le terme pour son côté positif – son éthique créative DYI (DYI en français : fais-le toi-même).

« Hack Your City », le projet de Yannick Haan, mène à bien des initiatives pour une ville plus agréable.
« Hack Your City », le projet de Yannick Haan, mène à bien des initiatives pour une ville plus agréable.

Hack your city, un tremplin unique en son genre en Allemagne

Il semblerait que les citadins commencent à comprendre que la ville n’est pas immuable mais ouverte au changement…
Yannick Haan: Absolument. Il faut, sans attendre, prendre un temps d’avance sur sa ville. L’Internet est un outil formidable. L’initiative  » Hack Your City  » est parmi les premières de ce type en Allemagne. Les citadins réalisent que c’est passionnant, qu’on peut agir en contournant les structures politiques compliquées, et que leurs idées sont mises en pratique plus rapidement.

Comment avez-vous mis en place cette structure à grande envergure ?
Yannick Haan: Pour le lancement, nous avons organisé un  » weekend hackathon  » avec des urbanistes, des designers, des programmeurs, des scientifiques de l’université et diverses associations. Le but était d’obtenir un prototype pour le dimanche soir. Ensuite, des groupes de travail se rencontraient une fois par semaine afin de peaufiner leurs idées.

À ce jour, quelles villes avez-vous piratées ?
Yannick Haan: Nous avons commencé par Berlin. Dortmund, Karlsruhe, Dresde et Leipzig ont suivi – afin de couvrir diverses régions. Bien évidemment, nous avons  vérifié au préalable que ces villes comportaient une population réceptive au projet.

La mobilité et l’environnement en tête

D’où vient ce regain d’intérêt pour l’avenir des villes et l’envie de changer notre environnement urbain ?
Yannick Haan: L’urbanisation a marqué un tournant décisif. Il n’y a pas si longtemps, on parlait encore de  » villes à l’agonie « . Or, maintenant que la densité urbaine ré-augmente, les citadins se disent qu’il ne faut pas attendre que la ville change d’elle-même. Ils prennent les devants et la façonnent eux-mêmes.

Y a-t-il des préoccupations communes ?
Yannick Haan: Je m’attendais à constater des différences considérables entre les villes. Voir par exemple Berlin s’attaquer à des défis autres que ceux de Karlsruhe. Mais c’est l’inverse ! La préoccupation n° 1 reste la question de la mobilité, suivie de l’environnement.

Alors, que va-t-il se passer en 2016, avec toutes ces grandes idées ?
Yannick Haan: Nous encourageons l’échange entre les villes et constituons un tremplin rassemblant et présentant divers projets. Au bout du compte, tout dépend de l’initiative des participants. Nous leur donnons une chance de voir le jour, du matériel, des contacts et un soutien financier, mais, au final, c’est à eux d’agir.

Toutes les images (en-tête y compris) : Hack your City